Ma génération doit se faire entendre et aller voter

Billet d'opinion publié dans l'édition du 1er septembre 2018 du journal LE DEVOIR. 

Au terme d’une première semaine de campagne électorale manquant cruellement d’envergure et des résultats d’un sondage décrétant le PLQ et la CAQ meneurs dans les intentions de vote des 18-34 ans, je ne peux m’empêcher de ressentir un profond désarroi à l’égard du manque de convictions d’une grande partie des électeurs, surtout ceux de ma génération, et de l’ahurissante inertie des principaux partis.

Jusqu’à présent, outre les propositions de Québec Solidaire — qu’on s’empresse toujours systématiquement de qualifier d’utopistes —,il m’apparaît qu’aucun parti n’a encore su offrir de réformes véritablement au diapason des grands bouleversements que la société — l’humanité, devrais-je dire — devra surmonter.

Or, mardi, dans un élan de conviction et de courage comme on n’en voit malheureusement pas assez souvent, Nicolas Hulot démissionnait de ses fonctions de ministre de la Transition écologique, invoquant l’inefficacité des politiques environnementales de son pays, la France. Un véritable coup d’éclat destiné à ouvrir les yeux des Français — et de toute la planète — sur les réels dangers de ne pas chercher activement à se défaire de l’écueil étouffant du modèle économique actuel et du désordre climatique qu’il entraîne indubitablement.

Alors qu’on nous annonçait au début du mois que le climat de la Terre s’approche du point de rupture, la présente campagne électorale québécoise devrait normalement représenter une formidable occasion pour tous les citoyens d’exiger un gouvernement lucide et responsable en matière de lutte contre les changements climatiques. Jusqu’à présent, les électeurs n’ont toutefois eu principalement droit qu’à de la politique de cuisine et à des querelles de cours d’école. Dieu merci, nous n’en sommes pas encore à des promesses complètement ineptes comme de la « bière à une piastre » ou, pis encore, le retrait de la taxe sur les émissions de carbone… Une nation progressiste, dites-vous ?

Rappelons également que, pour la toute première fois de son histoire, la génération Y possède aujourd’hui un poids électoral aussi important que la génération X et les baby-boomers. N’est-ce pas là, à nouveau, une formidable occasion d’envoyer un message fort en votant contre les idéologies complètement dépassées que véhiculent les vieux partis ? D’exiger une économie verte ? La fin des inégalités sociales ? La valorisation sans compromis de l’éducation et de la culture, puisqu’elles seules mènent à la conscience sociale ? J’aimerais croire que oui.

Nous ne pouvons être davantage à la croisée des chemins en ce qui a trait à la nature du futur qui se déploiera sous nos yeux et, bien que certains préfèrent se rabattre sur l’immobilisme, convaincus que rien ne pourra être fait à temps, je préfère cent fois mieux voir ce sentiment d’impuissance être canalisé dans des actions concrètes et radicales, ne serait-ce que pour nous permettre de repousser l’inévitable, s’il est réellement tel.

Aussi, j’invite humblement tous les électeurs de ma génération à réfléchir profondément au visage de la société dans laquelle ils désirent vivre. Au quotidien qu’ils voudront léguer à leurs enfants. À ce qu’ils croient noble de défendre, non pas seulement comme individus, mais comme collectivité. Et à se rassembler autour d’un but commun, puisque c’est l’unique moyen de véritablement changer les choses.

J’invite également tous les partis qui ne l’ont pas déjà fait à se positionner sans ambiguïté par rapport à la situation environnementale et de faire de la lutte contre les changements climatiques une priorité. De courageusement chercher à montrer l’exemple et d’ainsi inspirer toutes les nations qui nous entourent à nous emboîter le pas.

Surtout, j’appelle toute ma génération à se faire entendre et à aller voter. Parce que nous sommes plus de deux millions et que notre voix peut avoir un impact. Et si ce n’est pas dans le résultat final du scrutin, ce sera dans l’esprit de ceux qui nous auront entendus et qui devront nous regarder tous les jours dans les yeux même s’ils auront choisi de prendre un autre chemin que celui de l’action.

Peut-être ai-je tort, mais j’ai la ferme conviction que la réelle proposition utopiste ici, c’est de continuer d’avancer en ne regardant que ses pieds, en persistant à croire que tout finira par s’arranger…